Élevé comme « théâtre monument » d'inspiration antique à l'aube de la Révolution, livré aux tempêtes de l'Histoire, l'Odéon-Théâtre de l'Europe est communément désigné comme le plus vieux théâtre de Paris. Lorsque l'on visite la très prisée place de l'Odéon et son très chic 6ᵉ arrondissement, dont les prix au mètre carré sont parmi les plus chers de Paris, difficile d'imaginer que le théâtre de l'Odéon fût un foyer de contestations récurrent. Visite, étage par étage, d'une maison où le rideau n'est jamais tout à fait baissé.
Un temple élevé aux Comédiens du Roi
À la fin du XVIIIᵉ siècle, l'Antiquité influence les arts architecturaux qui, conformément aux goûts des élites pour la simplicité et la beauté rationnelle des temples grecs et romains, intègrent colonnes, frontons et symétrie. C'est dans ce goût néoclassique, après le classicisme du Grand Siècle, que Charles de Wailly conçoit l'Odéon comme un temple dédié au théâtre. Le nom de l'Odéon vient du grec odeion, le lieu où l'on déclame, où la cité se rassemble pour écouter et débattre. Il faut ici se replacer dans l'ambiance de la fin du XVIIIᵉ siècle : le théâtre est un lieu de représentation sociale avant d'être un lieu de représentation artistique.
La naissance du Théâtre de l'Odéon vient d'une doléance des Comédiens du Roi qui, contrairement aux troupes des Cours étrangères, n'avaient pas de théâtre attitré : ils déménageaient sans cesse décors et costumes. Lassés, ils s'en plaignirent au frère de Louis XVI qui profita de la vente à la Monarchie des terres du Prince de Condé pour leur y installer un théâtre, inauguré en 1782 par Marie-Antoinette. En 1784, le Mariage de Figaro de Beaumarchais y rencontre un succès fou : Marie-Antoinette en raffole, sans qu'elle ne paraisse ainsi prendre conscience des critiques de l'ordre social que porte cette comédie insolente et qui fondent la Révolution française.
La Révolution divise la troupe en deux. D'un côté les partisans du roi ; de l'autre les enfants de la République, emmenés par le grand Talma, qui emporte la moitié des comédiens vers la salle qui deviendra la Comédie-Française. Ceux qui demeurent à l'Odéon, fidèles à l'Ancien Régime, seront emprisonnés ou guillotinés. L'Odéon se teint du vocable révolutionnaire obsédé par l'idée de la République en se nommant Théâtre de la Nation, puis Théâtre de l'Égalité.
Vendu plus tard à des investisseurs peu scrupuleux, le théâtre brûle curieusement — l'assurance encaissée, il ne reste que la façade. On le rebâtit à l'identique sous Napoléon, où Joséphine exige qu'on n'y donne plus que des comédies, et jamais de drames. L'Odéon changera encore de nom au fil des régimes — Théâtre de l'Impératrice, Odéon-salle Luxembourg, Théâtre de France en 1959 — avant de devenir l'Odéon-Théâtre de l'Europe que l'on connaît.
Un lieu récurrent de contestation sociale et politique
L'Odéon vit au rythme des tensions des périodes politiques successives qu'il traverse :
- En 1830, lors des Trois Glorieuses, les rues autour du théâtre sont les premières à voir s'ériger les barricades, et le théâtre devient le point de rassemblement de la jeunesse révolutionnaire assoiffée de liberté d'expression. Les Trois Glorieuses aboutissent au renversement de Charles X et à la fin subséquente de la branche aînée des Bourbons.
- Saut dans le temps : en 1966, Les Paravents de Jean Genet, pièce ouvertement antimilitariste et anticoloniale, déclenche l'émeute en pleine salle : fumigènes, projectiles lancés sur le plateau, feu au troisième balcon provoqué par des spectateurs furieux.
- En mai 1968, un comité d'action révolutionnaire occupe l'Odéon durant près de trois mois, marquant son opposition aux bastions de la culture bourgeoise. Un spectacle permanent sans metteur en scène débute, avec des milliers d'occupants qui font flotter les drapeaux rouge et noir. Le directeur Jean-Louis Barrault, grande figure de théâtre, refuse de les chasser — ce qui lui coûtera son poste.
- Plus près de nous, au printemps 2016, les occupants de Nuit Debout y prennent à leur tour la parole, dans un contexte de réforme de la loi du travail perçue comme portant atteinte aux droits des salariés.
Malraux et le ciel d'André Masson
Dans les années 1960, André Malraux, ministre de la Culture, entend rendre tout leur lustre aux grands lieux. Il sélectionne André Masson pour conférer à l'Odéon un plafond résolument moderne : Le Sacre d'Apollon, vaste composition, cherche à figurer les émotions que l'on éprouve devant une œuvre d'art.
Au début des années 2000, l'Odéon fait l'objet de quatre années de rénovation nécessitant le démontage du théâtre du sol au plafond — la toile de Masson elle-même est déposée. Il rouvre en 2006.
La salle, étage par étage
L'Odéon est une salle « à l'italienne », en arc pour porter la voix. Le placement y était minutieusement codifié.
Pourquoi le parterre, tout en bas (l'orchestre d'aujourd'hui), était-il le moins coûteux, à l'inverse d'aujourd'hui ? Le parterre était en fait le moins confortable. On s'y tenait debout ou sur des bancs, que l'Odéon fut le premier théâtre à introduire. L'ajout de bancs ne fait pas pour autant du parterre un emplacement de choix : la cire des chandelles y tombait sur les têtes des spectateurs ! D'où, dit-on, l'expression « cela en vaut la chandelle ». Du fait des bancs, mais aussi de l'utilisation précoce de l'éclairage au gaz, les places à l'Odéon sont à l'époque plus chères qu'ailleurs.
Les loges-baignoires, closes et louées à l'année, abritaient quant à elles les rendez-vous discrets de la noblesse. Le roi disposait de deux loges aux extrémités, près de la scène — Louis XVI à gauche en regardant le plateau ; la reine se tenait côté cour, du côté du cœur des comédiens. (Les balcons, depuis, ont changé de nom : l'ancien premier balcon est aujourd'hui la corbeille.)
Tout en haut régnait le paradis, ou « poulailler », où le petit peuple criait, se moquait et jetait mille choses sur les rangs inférieurs — parfois jusque dans le décolleté des dames. La langue française en a gardé l'expression « il y a du monde au balcon » (pour une forte poitrine).
Trois coups et boîte à sels : éclairage sur deux pratiques au théâtre
Les célèbres trois coups ouvrant le spectacle sont frappés d'un bâton nommé le brigadier : une rafale de coups rapprochés, puis trois coups bien distincts. D'où viennent-ils ? Certains y voyaient une pratique médiévale pour chasser le diable ; d'autres trois saluts — un à droite vers le roi, un à gauche vers la reine, un au centre pour le public. D'autres encore, un signal entre machinistes et régisseurs pour signifier que tout était prêt pour le début de la pièce.
L'entrée du Théâtre de l'Odéon, conçue exiguë pour faire circuler rapidement les spectateurs vers la salle, est ornée de deux statues figurant la Tragédie et la Comédie. On y gardait une boîte à sels : quand une spectatrice défaillait, on la ranimait d'une bouffée de sels. Si les dames préféraient mettre leur évanouissement sur le compte de leur émotion pour souligner leur sensibilité, on peut supposer que la cohue de mille spectateurs échauffés et l'étreinte implacable des corsets y étaient pour beaucoup.
Faire une pause & loger à proximité
Avant ou après la représentation, le Café de l'Odéon ouvre dès le mois d'avril une agréable terrasse au calme de la place de l'Odéon — à laquelle, à notre goût, un peu de végétalisation ne nuirait pas. On y est servi de midi à minuit (la terrasse ferme toutefois par mauvais temps).
L'Odéon n'est au pied d'aucun de nos appartements, mais tous permettent de le rejoindre en un trajet rapide :
| Depuis | Trajet le plus court | Durée |
|---|---|---|
| Appartement du Duc de Choiseul Opéra – Paris 2 |
Richelieu-Drouot → Strasbourg-Saint-Denis, puis ou |
~25 min |
| Chess Studio Grands Boulevards – Paris 10 |
~20 min | |
| Le Petit Toit Madeleine Concorde – Paris 8 |
~20 min |
Si vous cherchez un logement pour aller au théâtre et cultiver toute la famille, choisir l'Appartement du Duc de Choiseul, le Chess Studio ou Le Petit Toit Madeleine sera idéal : leur proximité immédiate avec de nombreuses lignes de métro et de bus permet de rejoindre très rapidement absolument tout Paris.